*INTRODUCTION*
Nul ne peut vous empêcher de gagner le Tao pas plus que quiconque ne peut vraiment vous y aider. Si vous vous inventez des adversaires, vous vous inventerez aussi des alliés tout aussi imaginaires, sur lesquels vous compterez en vain. Si vous vous inventez des alliés propices, tels des pères spirituels, vous vous inventerez aussi des ennemis, virtuels mais aussi hostiles que de vrais adversaires. Compter sur les autres, ou se méfier des autres, c'est la même chose. Aimez celui qui ne vous donne rien. Si vous ne l'aimez pas, c'est que vous attendiez qu'il vous donne quelque chose, et de quel droit attendiez-vous cela... Aimez celui qui vous résiste et vous pousse dans vos retranchements. Il met à l'épreuve votre sincérité, vous dégraisse de toute complaisance, et vous aide à trouver vos véritables racines. Évitez celui qui tente vraiment de vous nuire et ne cherchez pas à le combattre. Les chemins sont larges,
Vous serez seul quand vous aimeriez suivre ou être suivi. Vous suivrez ou vous serez suivi alors que vous préféreriez être seul. Que votre esprit soit large comme le rivage pour supporter les entrelacements qui vous guident vers les frontières infranchissables que vous franchirez.
Démarquez-vous en embrassant toujours davantage de cercles, absorbez les individus, les clans, les races. Si vous explorez les gouffres, montez parfois vers les sommets. Si vous explorez les cimes, visitez parfois les cavernes.
Voyez le bien s'emboîter dans le mal, l'erreur déguiser la vérité. Voyez que l'errance aiguise la vigilance, ne suivez pas de routes toutes faites, sinuez en droite ligne, sans crainte de vous tromper d'itinéraire, et sans vous prévaloir, pour vous rassurer, de connaître la destination. Le chaos vous oblige à la rigueur, la confusion caresse votre discernement. Les multiples carrefours se présentent.
Sachez que rien ne vous sépare du Tao, si ce n'est le sentiment que vous en êtes séparé, sentiment que vous cultivez, avec vos répulsions, vos jugements de valeurs, vos condamnations et vos approbations. Tout existe en toute légitimité, par-delà vos opinions et vos valeurs, par-delà vos doutes et vos certitudes. Vous ne changerez l'obscurité, vous n'abolirez le péché et l'ignorance, qu'après vous être soumis à
Malgré les verbes conjugués à l'impératif dans ce livre, je ne voudrais pas qu'il fût pris pour une suite d'injonctions à l'égard du lecteur, que je proposerais ainsi de sauver. Je ne suis là que pour aider à ouvrir le chemin, et jamais je ne vous demanderai en retour, ni de reconnaître mon autorité ni de vous engager dans une voie précise où j'exigerais quoi que ce fût — pour prix de votre passage sur l'autre rive. Ces considérations, inutiles dans les sociétés traditionnelles, sont urgentes ici même. Plus les êtres humains sont égarés, plus ils s'imaginent que des brigands sont à l'affût pour les égarer davantage. La peur engendre la peur.
Revenons-en tout simplement à ce que nous proposons, nous,
les fabricants de 'boites à outils', avant que l'on dise à notre place
quelle est notre vision du monde, avant qu'on culpabilise ceux qui la refusent, avant qu'on vénère ceux qui s'en emparent et la caricaturent. Séparons le yeou qui se salit, d'où la nécessité de le nettoyer, du wou toujours incorruptible.
Pour la voie intégrale, il est nécessaire de comprendre qu'elle doit se développer dans les trois directions interdépendantes du mental (examen de soi sans finalité), du souffle (gestion du désir, des impulsions et des réactions, des émotions) et enfin du corps (rôle des sensations et des appétits). Je développerai par la suite et vous donne ainsi les seuls points de repère nécessaires et suffisants pour pratiquer la voie intégrale.
(...)
*6*
Comment s'impliquer dans la voie intégrale.
Parle peu pour mieux t'abandonner.
Le problème est le spirituel. Quand on cherche à gagner un lieu, on prend une carte et l'on se renseigne sur l'itinéraire. Mais par définition, le spirituel n'est pas localisable, sinon nous y serions déjà. Le spirituel commence toujours, c'est une loi absolue, par la prise de conscience d'un manque. Ce manque peut être plus ou moins flou ou précis, plus ou moins intense, sporadique ou permanent. Puisque le spirituel c'est ce qui manque, il est impossible de le trouver autrement qu'en le repérant quand il se manifeste. Toute lacune est pleine de ce qui viendra la combler. Le spirituel commence à vivre dans l'aspiration consciente à embrasser le Tout, le Tao, à se libérer de l'ignorance, ou à être en contact vivant avec le Divin. Il est de cet ordre-là. Dessiner soi-même les chemins de sa propre vie spirituelle en décrétant l'itinéraire qu'on va prendre est le moyen pour demeurer dans le sempiternel yeou, décoré de fantasmes lumineux. On ne parcourra que sa propre ignorance qui aura sélectionné elle-même un programme préconçu de préoccupations, de comportements, de réactions supérieures à la perception du monde. On peut maquiller la conscience ordinaire en conscience élevée, ne rien changer à la structure de sa perception tout en enjolivant sa vie de croyances. Savoir où l'on va en matière spirituelle est un mensonge. La formule vous semble sans doute lapidaire, mais je m'en expliquerai longuement pour que votre raison ne se braque pas. Si le spirituel pouvait s'approprier en suivant une direction, l'humanité serait réalisée depuis des milliers d'années.
Aussi vous devez vous méfier des systèmes. Ce sont des pièges qui emberlificotent les évènements dans une trame trop précise. Tirez la quintessence, mémorisez seulement les quelques points essentiels d'une doctrine. Ils ne dépassent jamais la dizaine. Ne vous forgez pas des lignes rigides d'interprétation des choses, sinon tout votre vécu s'enroulera toujours sous la même forme. Au lieu de faire de multiples expériences du moi, d'éprouver des tensions, d'élargir les perceptions, vous risqueriez de vivre dans une homogénéité factice, faite de jugements rabougris, de significations répétitives, de prédilections fausses et de répugnances superfétatoires. Une cage ordonnée par vous-même à partir de laquelle vous diaboliserez tout ce qui ne vous convient pas.
Laissez le vécu vous pénétrer totalement. Le système taoïste est l'un des seuls où l'on trouve explicitement une égalité de qualité et de force pour les principes masculin et féminin. Non seulement je n'ai pas dévalorisé le féminin, ce qui est courant dans les systèmes religieux et philosophiques, mais je lui ai donné une prééminence sur le masculin. Pour comprendre la chose dans son ensemble, il faut naturellement s'intéresser de près à la philosophie chinoise, et trouver les vérités profondes cachées derrière le masculin et le féminin. Je montre tout au long du Tao-tê-King que la faiblesse l'emporte sur la force. La faiblesse est parfaitement Yin (malléabilité absolue) et la souplesse est le retour du yin vers le yang — le mouvement; la souplesse combine les deux principes vers l'adaptation de la vie. La force est parfaitement Yang (incoercibilité absolue), et la rigidité est le retour du yang vers le Yin — le repos; la rigidité combine les deux principes vers les univers de non-vie, la mort (cristallisation, rigidité cadavérique). Les deux principes sont toujours mélangés dans la manifestation, comme le rappellent le point blanc dans la goutte noire du cercle du Taï-Chi et le point noir dans la goutte blanche. Prenant l'eau comme modèle, je montre que la souplesse s'adapte mieux que la rigidité à toutes les circonstances de la vie et du temps. La glace fond à la chaleur pour redonner la vie. Le mouvement totalement fluide de l'eau, qui féconde tout, est le symbole du Taï-Chi, l'écusson chinois universel avec les deux gouttes noire et blanche inversées dans le cercle, gouttes que certains appellent poissons. C'est aussi dans une perspective métaphysique que le Yin l'emporte sur le Yang, quand il s'agit de rendre hommage à l'immuable, à l'incréé, c'est-à-dire au Soi obtenu par illumination, consécration du cheminement authentique. Le paradigme est clair dans le chapitre 39 du Hua-Hu-Ching: "Il n y a rien dans l'univers, soit d'achevé soit d'inachevé. L'accompli se nomme la phase de repos et de rigidité, l'inaccompli constitue la phase dynamique et de flexibilité. Le phénomène d'immobilité est appelé Yin, et le phénomène dynamique Yang. Le Yang est toujours en train de se pousser vers l'avant avec des buts tandis que le Yin demeure réceptif et prêt à rejoindre le Yang pour continuer le processus d'accomplissement. L'intégration du Yin et et du Yang est appelé Taï Chi. "
Je veux en venir à quelque chose de tout simple qui va en décontenancer plus d'un: il vaut mieux, en tout cas pour une personne vraiment sincère, se laisser aller dans la vie sans repère que se forger des critères préconçus. Maintenez la fermeté de votre impulsion spirituelle (Yang) mais laissez-là épouser votre vécu, ne la déroutez pas de ce qui arrive. Rectifiez au fur et à mesure. Ne creusez pas la différence entre le Yang, votre mouvement solaire, et le Yin, votre sensibilité lunaire qui est partie prenante des circonstances. Plus vous êtes ferme intérieurement, plus vous tolérez des variations et des contrastes violents extérieurement. La capacité d'être souple dans le vécu, vécu qui ne dépend pas que de nous, s'accompagne de la capacité d'être fixé sur notre aspiration, qui ne dépend que de nous. Vous savez alors que les évènements ne peuvent pas vous détourner. Si vous ne comprenez pas cela, vous allez vous égarer dans le Yoga, le zen, le bouddhisme, toutes les voies orientales passées maîtres dans la structuration des stratégies spirituelles. Car en Orient, les stratégies n'ont pas de finalité, et demeurent des modèles, des virtualités idéales, tandis qu'en Occident elles s'imprègnent de l'obsession d'aboutir, louée sous le terme de "volonté". Un occidental s'acharne en général à suivre une voie préconçue au lieu d'attendre les points de repère qui proviennent naturellement des jonctions effectives et imprévues entre le moi et le Tout. C'est un leurre de vouloir faire adhérer le vécu à ses principes, de l'ajuster au plus près. La vie se moque de nos principes et toutes les personnes qui s'acharnent à ne vivre qu'en fonction de leurs principes spirituels, sans rien laisser entrer d'autre, deviennent sectaires, méchantes, intolérantes, et finalement stupides.
Ramenez votre esprit au corps, qui se positionne sans cesse sans faux-fuyants dans un espace bien réel — contrairement à l'espace mental constellé de croyances, de retours de refoulé, de vœux, et d'approximations qui déchirent le Tout comme des bistouris. En tout cas, c'est cela la formule des pionniers. Ramener le haut au bas, et le bas au haut. C'est mon propre système. Gautama avait agi comme cela, puisque il est connu qu'il ne se satisfaisait jamais de l'enseignement des maîtres qu'il côtoyait. Il ne s'est pas égaré dans son immense domaine mental supérieur. Il a abandonné tous les repères qui auraient fait de lui un imitateur, et s'est laissé couler plus loin dans sa quête, protégé par son aspiration exceptionnelle. Il a bien dit qu'il fallait transformer l'inférieur pour le supérieur —la peur et le désir pour la paix et la plénitude. Jésus s'est vu confirmer son statut par Jean le Baptiste après quoi il a fait cavalier seul, et s'est très peu référé aux écritures juives. Pour que les hommes cessent de se punir les uns les autres pour des bagatelles, il a affirmé que Dieu Lui-Même ne cherchait pas par principe à punir la faute, mais à la pardonner. Leçon mal comprise s'il en fût. Il désirait que les hommes n'eussent plus la crainte de Dieu, très à la mode à l'époque, mais il a échoué, car l'Église a trop conservé de choses de l'ancien testament pour ne pas tuer dans l'œuf sa vraie doctrine.
Avec quoi comblez-vous le manque spirituel ?
Ne vous précipitez pas sur des nourritures faciles, continuez vers le dedans, laissez le manque s'accroître et l'appétit se renforcer. Laissez la lacune prendre une vraie forme où viendra S'emboîter la réponse correspondante. Vous verrez bien, finalement, que le territoire le plus sûr c'est le moi, c'est-à-dire l'intérieur de vous-mêmes. Vous êtes le seul à en pouvoir dresser la carte. Vous ne trouverez pas une seule grande doctrine spirituelle (je ne dis pas religieuse mais spirituelle) qui n'exige pas d'abandonner le goût pour le non-moi, l'extérieur, pour la curiosité intérieure, totale. Les explorateurs de l'esprit finissent toujours par découvrir le soi, des filons élevés d'inspiration, des lignes directes avec leur âme. Les cartographes savent ce qu'il faut faire et éviter de faire, mais ils confondent les pensées "qui arrivent" avec l'analyse permanente et intime de la vie et de ses tiroirs (sensations, émotions, sentiments, pensées, valeurs). Toutes les vérités qui vous arrivent dans la tête sont contestables. Celles que vous avez expérimentées, pour aussi infimes qu'elles paraissent sont beaucoup plus sûres. Il faut les suivre. Il faut commencer à découvrir par soi-même quelques vérités essentielles, et ensuite, la pompe est amorcée. Les plus belles vérités extérieures ne servent de rien. Sauf à vous justifier et à vous défendre.
En fait, il y a des individus engagés dans une voie précise, qui porte une étiquette et pas une autre, mais qui savent "n'attendre rien de particulier" de leur engagement. Ceux-là je ne les condamne pas. Ils ne prennent pas la carte pour le territoire. Ils savent avancer en ondulant, comme la majeure partie des ondes qui vont en ligne droite en serpentant alternativement à droite et à gauche. La ligne droite est une succession de méandres rétablis dans la même direction. Une nouvelle image pour comprendre que le Yin et le Yang avancent de concert.
Une voie spirituelle qui va tout droit fabrique des œillères, une voie spirituelle qui se fond dans tous les évènements sans jamais les modifier se perd dans la vie elle-même, puis finit par se dissoudre. Les esprits souples sont tout près de la position que je vante et ils peuvent conserver, avec un recul certain, une obédience de principe. Même les grands mystiques doutent parfois de l'existence de leur Amant, et plutôt que réduire cette expérience à une sorte d'épreuve préconçue par Dieu, il faut y voir au contraire l'esprit accéder à une lucidité sans faille. Quand même l'espérance apparaît comme une gourmandise de l'ego — une complaisance, quand le moi se rassemble dans une attente prolongée et intense qui n'aboutit pas, c'est logique, humain, naturel, de tout jeter à la poubelle — y compris l'attente de Dieu.
Le doute sur le plan mental mène au discernement, mais il est toujours équilibré par une certitude profonde, celle qui voit que le cheminement, la ramification, est légitime — même en l'absence de résultats. Les hindous insistent beaucoup là-dessus, le renoncement aux œuvres, car ils ont l'esprit si spéculatif qu'ils aiment se perdre dans leurs considérations sur 'Dieu' très longtemps avant de comprendre qu'ils doivent vivre leur démarche au lieu de la projeter dans leurs traditions, leurs gourous, leurs collections de textes sacrés. Pour les encourager à faire quelque chose, les canons immémoriaux leur rabâchent qu'ils doivent renoncer aux résultats. En ne cherchant pas de récompense, ils se sentent moins pénalisés par leurs propres faux pas, les hindous, trop scrupuleux en matière religieuse. Pour les bouddhistes et les asiatiques qui sont pragmatiques et moins sentimentaux, le détachement du fruit de l'oeuvre est plus facile, car ils en escomptent un bénéfice supérieur auquel ils renoncent également. Ils peuvent jouer avec ce genre de paradoxes en jonglant avec leurs processus mentaux car ils font tout un tas de pratiques pendant lesquelles ils observent leur propre esprit. L'homme de l'ouest est celui qui a le plus de peine à agir sans savoir ce qu'il récoltera à partir de son engagement. Il n'arrive pas à vivre sans finalité. Il est épouvanté à l'idée de perdre du temps. Il adhère au passage de la durée avec une rare passion. Cela l'éloigne du présent pur, qui est cependant le trésor du taoïsme (vide ou invisible wou), le joyau du bouddhisme (sunyata), et le fonds de commerce des gourous de l'Inde (Atman= Brahman).
Préparez-vous à ne rien récolter tout de suite dans la voie spirituelle: au départ elle va à rebours de tout ce qui a été mémorisé. On vous a toujours appris à aller quelque part. Et vous faites la même chose dans le spirituel. C'est là l'erreur. Abandonnez les chemins convenus, un par un. La voie conforme au principe finira bien par surgir au détour d'une prise de conscience inopinée. Tous les grands canons insistent sur une position centrale du moi, une fermeté dans l'ascèse, qui correspond à ce que vous appelez en Occident la foi. Sinon le mental se disperse et se perd. Quand cette fermeté est installée, le moi peut utiliser le mental avec une grande fluidité, le chemin peut sinuer, et il est enfin possible de vivre des questions sans réponse sans que cela n'entrave le cheminement spirituel (Ne pas chercher le fruit des œuvres). Quand le moi est mis à nu, seulement alors, les processus de conscience s'organisent autrement.
Beaucoup d'êtres humains ont eu des expériences spirituelles dans des circonstances bizarres où ils ont dû, soudain, abandonner tout leur monde et toute leur histoire. Des prises de conscience décisives s'effectuent dans les accidents graves, les maladies mortelles, en prison, pendant la guerre, qui forcent à un lâcher-prise que le moi, d'ordinaire, ne saurait générer. Certaines femmes ne peuvent pas se tourner vers le Tout, le Tao, avant d'avoir vécu un accomplissement sexuel véritable, où le pôle passif apprend à recevoir, ou avant que leur manque leur propre naissance, étape consécutive à l'accomplissement de la maternité. Puisque l'on est perdu dans l'ignorance, jusqu'à l'émergence décisive dans le Soi, ou encore plus rarement jusqu'à ce que l'âme s'empare du mental et de la personnalité, il n'y a aucun avantage à cartographier son propre monde exploratoire. Si nous sommes dans l'illusion jusqu'au Soi, à quoi bon hiérarchiser les phases de cette illusion ? Ce qu'on prend souvent pour des progrès spirituels ne sont que des mesures sur un certain recul de l'ignorance. Rien de plus.
Ne croyez pas avoir accompli quoi que ce soit avant que le Soi ne fasse exploser votre pensée, ou que, votre âme vous connecte aux plans réellement supérieurs de l'Intelligence créatrice. Si vous regardez plutôt du côté de ce que vous avez réalisé que de celui qui reste à découvrir, puis à intégrer, vous ne franchirez jamais tous les cercles. Comme le disait Sakyamuni, il y a en l'homme une telle 'peur' fondamentale, que contourner cette peur devient souvent une philosophie. S'engager dans un chemin spirituel bien balisé, regorgeant de critères, de barèmes, de buts à atteindre, de pratiques, de garde-fous, de chicanes convenues, est souvent le moyen de déguiser la peur fondamentale par la mise en scène d'un cheminement qui diffère du chemin ordinaire par la forme, les lieux parcourus, mais non par le fond: le motif du voyage. La peur, on la fait taire, on l'enfouit, on la sublime croit-on, en s'autorisant à gagner un paradis spirituel méritoire au bout d'un parcours fléché d'avance, plus conforme à un emboîtement symbolique de fantasmes qu'à la traversée d'une île inconnue — là où l'émerveillement et la vigilance doivent s'épauler. Je rejette le voyage organisé autour des vérités éternelles. Si le Tao-tê-King a traversé vingt-cinq siècles c'est qu'il continue de vous parler.
Ce que vous avez senti, c'est qu'il y a plus de sûreté dans la disponibilité totale de l'intelligence et du coeur (la faiblesse, le féminin) que dans le parti-pris de savoir, de croire tout comprendre, de juger. Voilà pourquoi, en plus de l'eau, mon modèle préféré, je vante le nourrisson et l'enfant — l'innocence, qui est pleine de bienveillance et de curiosité. Je dénonce la superbe de celui qui croit savoir, pouvoir, dans toutes les situations, qu'il ne juge que par rapport à ses préjugés et au cercle étroit de ses perceptions avides. L'exploration pure vaut bien l'art de la guerre. Puisque nous sommes déjà enfermés dans l'ego, le cercle familial, la résonance émotionnelle, la projection affective, la langue maternelle, la culture, l'époque, ce serait une grave erreur de penser que pour sortir de cet enfermement, un enfermement supérieur est indispensable. Cependant, c'est ce qui a cours le plus souvent chez les spiritualistes qui conservent un cadre mental auquel se référer. Ils se fabriquent sur mesure une carte du non-moi comprenant les territoires de Dieu mais ils ne vont pas assez loin dans le moi lui-même, présent, pérenne, sous leurs déguisements de croyances et d'identifications. Je. préconisais d'aller loin, ce que j'appelle creuser dès le chapitre7 du Hua-Hu-Ching: Si l'on évite de discriminer le profane du sacré on se libère de l'esclavage du concept.
Le moi pérenne ne s'accroche plus à ses propres miroirs de chrétien, de taoïste, de juif, de musulman, de libre-penseur. Finalement j'attaque la religion parce que c'est elle qui impose le plus de cadres au chercheur, en tout cas les cadres les plus lourds, les plus massifs, les plus certifiés conformes, les plus rassurants pour la peur générique. Mais en amont des religions, la même erreur peut se perpétuer: fabriquer la carotte que notre inconscient nous met sous le nez, à nous pauvres ânes de la lumière; mais si peu lumineux que nous ignorons la lumière permanente qui nous entoure pour aller la traquer dans les lieux où elle n'est pas, en trottinant à sa poursuite — tandis que la carotte reste à la même distance, au pas, au trot, au galop. De la carotte du salut post-mortem, à la carotte de la libération du karma ou de la cessation des existences, c'est toujours la même carotte: quelque chose de gratifiant qui paie de la peine qu'on se donne à changer, un but parfait qui cache la perfection même de chaque moment
Je vois chez les chercheurs spirituels un attachement forcené à posséder chacun la seule carte du trésor, dont ils discutent âprement l'authenticité entre eux (nul ne possédant la même), et qui se querellent avant de se mettre en marche. Je préconise exactement l'inverse. Avancer par sincérité pure, sans cadre pour légitimer la démarche, sans carotte pour entreprendre. C'est-à-dire tout simplement que la doctrine n'est pas un faire-valoir, n'est pas un prétexte, n'est pas un tableau. Elle ne doit même pas constituer une béquille. Ce doit être quelque chose qui s'intègre parfaitement à la vie sans aucune mise en scène. Méditer parce que cela s'impose et non pas parce que c'est l'heure de le faire. Et ainsi de suite. Jusqu'au tao où l'on commence à sentir que le wou pénètre le yeou, qu'un potentiel illimité borde chaque événement, chaque minute, chaque activité, chaque pensée même. Si vous étudiez bien le Tao-tê-King, vous verrez qu'il ne comporte que deux réalités essentielles au point de départ de la voie conforme au principe. Le wou et le yeou. Normalement le yeou ne donne pas sur le wou, mais le non-agir est justement le procédé, le principe d'ordre, le tao qui permet à la manifestation si rapide, si pleine, de déboucher sur son principe, l'immuable et le vide. Ralentir l'esprit, ralentir le désir, ralentir l'appétit. Ralentir la volonté. Ralentir la volonté d'aboutir qui indique des fausses pistes. La vitesse n'est pas le meilleur moyen pour atteindre l'immobile.
Mon rôle est de vous permettre d'aller plus profond en vous-mêmes et non pas de dire mon opinion sur les systèmes religieux et spiritualistes. Je le fais par nécessité, et sans fiel malgré ma sévérité. Je sais que beaucoup de lecteurs penseront que ce livre est une attaque déguisée de choses spirituelles que je ne suis pas capable de reconnaître. Je dis à tous ces lecteurs-là qu'ils ont une si haute opinion d'eux-mêmes qu'il vaut mieux pour eux fermer ce livre et conserver leurs illusions que de continuer et être confrontés à leurs propres schémas réducteurs. Mon message permet au contraire d'accéder directement au Spirituel, puisque je le dénude de tout ce qui l'habille, le recouvre, et le déforme à la périphérie. Je vous apprends à ne plus vous faire berner par les noms, je vous enseigne à traverser vos représentations des choses essentielles, feux follets qui vous guident vers le Tao, mais qui doivent eux aussi disparaître sous peine de vous retenir dans des culs-de-sacs élevés.
Tous les chercheurs contemporains passent par les grands carrefours du christianisme, du bouddhisme, de l'hindouisme, du taoïsme, du judaïsme, de l'ésotérisme, de l'alchimie. Ces choses, quoiqu'elles vous apportent, ne sont pas votre interrogation. Le langage mental est faussé. Je préfère la naïveté des ignorants et leur humilité, à l'autoritarisme des sages. Se perdre dans des miroirs renforce le laisser-aller stupide, celui qui cultive l'avidité et soulève donc des craintes de manquer. Jésus voyait les choses comme moi dans les grandes lignes.
Finis les miroirs à donner bonne conscience, les exégèses casuistes, les rites à tout bout de champ, les cérémonies et les louanges. Fini l'enfermement du vécu et du réel à l'intérieur d'une petite idéologie tyrannique qui condamne tout ce qui ne lui est pas conforme. Cessons de faire tous ensemble la même chose pour nous rassurer, et admettons à quel point l'autre est un étranger. Creusons ce mystère au lieu de nous admirer nous-mêmes quand notre esprit, comme une coquette, se regarde une fois de plus dans la glace d'un sûtra, d'un évangile, d'un verset saint — qui lui renvoie sa propre image maquillée. Aucune politique du moi ne peut obéir à quelques règles bien ficelées. Ce fantasme militaire empêche l'humanité de grandir depuis des milliers d'années.
C'est ce qui me rapproche le plus de Jésus, la condamnation du triomphalisme. Ceux qui savent, figurez-vous, ne savent rien. Comme des araignées, ils se déplacent habilement le long de leur toile, leur représentation géométrique du monde, mais ils sont incapables de se déplacer au-delà de cette toile qui provient de leur propre chair. Ils y piègent le réel et ne peuvent pas admettre que leur minuscule œuvre de soie ne soit qu'un petit filet dans l'univers. Ils ramènent le monde entier au quadrillage de leurs propres représentations. Ils n'admettront jamais qu'il puisse exister une autre nourriture que celle qui se piège dans leurs mailles. Il vaut mieux pour ces araignées réduire le monde à leur propre toile. Si elles percevaient l'étendue, elles fileraient une seule toile sans jamais s'arrêter et mourraient vite épuisées.
La prise de conscience intégrale impose une remise en question intégrale. On n'aborde pas l'étendue sans limites avec les mesures qui servent aux petits objets. Le grand Tao n'est pas un petit tao augmenté, et le soi que j'évoque n'est pas le contraire du plein, le vide physique. C'est autre chose que l'expérience révèle et je m'insurge contre ceux qui par une simple pirouette se débarrassent de l'Orient en prétendant que ses voies visent le vide. C'est plus un symbole qu'autre chose, cette appellation. Le spirituel ne peut pas prolonger le profane, car ce que le profane appelle spirituel est profane, et ce que le spirituel appelle' profane est encore du spirituel. Vous comprendrez mieux à la seconde lecture. Si vous devenez l'explorateur, vous rappelez aux faux chercheurs qu'ils font semblant de chercher le passage. C'est fou alors ce que vous récoltez comme injures quand vous trouvez le chemin que tout le monde feint de vouloir emprunter... tant qu'il ne s'ouvre pas devant eux.
Impliquez-vous dans vos souffrances et vos joies, dans les réactions de votre inconscient et dans vos aspirations supra-conscientes. Acceptez tout cela ou apprêtez-vous à tricher.
Tout savoir est un savoir-faire, y compris chez les maîtres spirituels. Qu'ils transmettent tous ce qu'ils ont vraiment intégré, et qu'ils cessent de critiquer le voisin. Les doctrines ont toutes le même but. Elles ne se suivent pas, elles se pratiquent. Mais comme on ne peut pas se trouver sur deux routes simultanément, on ne peut pas emprunter à la fois le christianisme et le bouddhisme et le taoïsme pour aller au même endroit. Si cela vous pose un problème de choisir, c'est excellent. Le manque se fortifie, l'appétit se fait plus profond, la nourriture sera meilleure: vous pourrez attendre plus longtemps au lieu de vous jeter sur n'importe quoi sous prétexte d'avoir un petit creux à l'estomac. Mieux vaut hésiter, comparer, tourner en rond, que se lancer au petit bonheur la chance dans une voie d'où il sera difficile de faire machine arrière, et à laquelle vous accrocherez votre besoin de sécurité inconscient, votre demande d'approbation, votre acharnement à réussir. A une bifurcation, d'où que vous soyez parti, vous verrez bien que vous aurez dépassé l'étiquette du point de départ, et que les chemins commencent à converger. Bouddha n'est pas bouddhiste, Lao-Tseu n'est pas taoïste, Jésus n'est pas chrétien. Dieu n'est pas croyant.
Cherchez vos propres instruments de mesure. Appliquez-les à vous-mêmes et ne vous imaginez pas que votre collection de considérations sur l'univers soient bien utiles. Lui n'a pas
besoin de vous, vous avez besoin de lui. Ne renversez pas les rôles, croissez dans le sentiment d'être petit et fragile, à rebours du conditionnement que vous avez reçu. Peu de choses doivent demeurer pérennes, balayez devant votre porte. Mais celles qui le peuvent sont vraiment sûres. Un point de repère de temps en temps, ce n'est pas cela qui égare dans le convenu, le répétitif, le toujours la même chose. Conserver des- choses inutiles pénalise le voyage, et le schéma préconçu de la voie, de la vérité, du futur statut d'initié, sont des poids si lourds qu'il vous faudra cinq ou six porteurs pour partir dans la montagne avec. Si vous saviez combien il est pénible d'avoir des bagages quand on fait beaucoup de route, vous comprendriez que se déplacer avec le strict nécessaire est vraiment le grand art, et que cela aussi s'apprend sur le terrain et non dans les livres. L'encombrement de l'esprit maintient les ornières des mauvaises habitudes du souffle, et en aval du corps. Une représentation fausse du cheminement spirituel, c'est cela le problème et voilà pourquoi j'insiste, n'apparaît jamais sur le plan intellectuel de celui qui en dépend: il sait la rendre homogène par les artifices de l'argumentation. Quant aux représentations exactes... elles ne peuvent s'établir qu'une fois le moi parvenu à destination.
Sachez vous passer de points de repère superflus, qui vous consolent aux carrefours du labyrinthe. Sachez avancer à l'aveuglette par amour du chemin, voyez dans les précisions sophistiquées les consolations de l'esprit qui se rassure en lisant la carte du territoire qu'il hésite à franchir. Sachez que les faux prophètes quadrillent l'inconnu de mots trompeurs pour vous appâter; et que les plus grands vont bientôt arriver. Pour corriger la voie, ayez l'honnêteté de reconnaître le peu de transformation sur le plan du souffle et des habitudes du corps en dépit de vos tableaux divins, de vos théories parfaites, de votre savoir initiatique. Faites épouser les creux et les bosses du ressenti à vos principes.
Les grandes compulsions du souffle sont énumérées depuis des millénaires comme des obstacles dans la voie spirituelle, des instances naturelles à transformer. Toutes les formes d'avidité, de violence agressive (la violence réactive ayant un autre statut), de colère, tous les mouvements de complaisance émotionnelle cultivée, sensiblerie, dépréciation ou laudation de soi-même, complexe d'abandon ou demande d'approbation, toutes les formes d'appropriation subjective du moment dans le sens d'une préservation rigide de ses propres structures appartiennent à l'être du souffle à transformer. Les compulsions yin vous poussent à vous sentir écrasées par le non-moi, l'autre ou par vous-mêmes; les compulsions yang vous obligent à des stratégies de dominance sur le non-moi, l'autre ou encore sur
vous -mêmes.
*8*
Les principes de la voie intégrale.
(où je reprends les éléments de ma doctrine).
Une faible connaissance suffit
à marcher vers le grand Principe
et tant pis
pour la crainte de s'en éloigner:
La voie conforme est large
puisqu'elle unifie tout...
pourquoi lui préférer
le tortueux chemin!
Tao-tê-King chapitre 53
Beaucoup de personnes commencent à résister à ce que je suis en train de dire. C'est qu'elles n'ont pas le même arrière-plan que moi sur l'histoire spirituelle du monde. Le tableau qu'elles s'en font est forcement constellé de leurs propres attentes et de leurs propres manques. En ce qui me concerne, je me trouve dans une position assez analogue à celle de Jésus: je vois avec une grande netteté ce qu'il faut faire pour changer
Jésus, Bouddha et moi voulions une transformation psychologique qui entraînerait une modification naturelle des rapports humains. Je souhaitais que des empereurs pussent pratiquer le non-agir au, lieu de se saouler de leurs prérogatives personnelles et d'abuser de leur liberté et de leur initiative toute-puissante. Le maître de Justice agissait pour une révolution du coeur. Bouddha pour une révolution de l'esprit. Il voulait libérer l'homme de la souffrance, mal endémique qui s'enracine dans la perception même que l'espèce se fait des choses, quelle que soit la société. La mauvaise organisation sociale n'est que la projection d'une mentalité mauvaise, qu'aucun règlement ne redressera.
Nous trouverons la bonne clé quand toutes les autres auront échoué. Nous sommes poussés à la perfection, puisque avant de la découvrir, nous essayons toutes les combines, toutes les ruses, toutes les tactiques qui permettent de nous donner le change sans vraiment changer de principe. On touche à la forme et aux structures, c'est-à-dire à l'ordonnance des éléments entre eux, mais on ne touche jamais à l'essentiel. Seuls, les instructeurs essaient de changer les principes eux-mêmes, seuls ils essaient de changer les motivations de l'humanité. C'est presque un échec. Ils transforment les valeurs hiérarchiques à partir du haut. L'autorité du Père pour le christianisme, l'autorité floue et passive du Tao pour moi, l'autorité du détachement, fruit de la distanciation bouddhique, n'ont pas remplacé dans nos cultures respectives — occidentale, chinoise, asiatique — les formes du pouvoir humain. L'égoïsme individuel partagé par tous amène le règne de l'Antéchrist: l'argent pour l'argent, philosophie qui possède elle aussi sans doute, ses avatars. Le plan de la manifestation est aujourd'hui entièrement corrompu. Chacun doit donc pouvoir aller puiser dans le non-manifesté la force qui lui permettra de survivre dans cette époque trouble. Le soi continue d'être loin de la perception ordinaire, mais c'est justement cette distance qui garantit qu'il soit incorruptible.
Allez-y sans tambour ni trompette. Le silence intégral, la chute de la pensée, continue d'être la réalisation la plus homogène, qui équilibre le mieux toutes les personnalités. Sous des jargons divers cette réalisation est prônée dans des séries entières d'enseignement traditionnel, toutes origines confondues. La libération du mental donne de la puissance aux faibles et aux effacés, fournit calme et sérénité aux forts et aux actifs. Toutes les réalisations dynamiques, qui mettent en présence des grands filons de l'Intelligence de la création sont intéressantes puisque elles permettent de changer profondément la représentation du monde et surtout la manière de s'y relier d'une façon beaucoup plus créative. Mais les inspirations dynamiques ouvrent démesurément le chakra du coeur et celui de la gorge, aussi faut-il la stabilité du soi pour intégrer les courants créateurs. Sinon, on trouble le Tao en voulant le révéler tandis que l'énergie du souffle brûle avec trop d'intensité. Et qui plus est, on surestime largement ce que l'on a découvert.
Expérimentez qu'il y a bien trois composantes essentielles en vous,
le mental qui centralise toutes les perceptions et vous donne le sentiment de votre identité globale;
le souffle (ou vital) qui gère la plupart des processus énergétiques, désirs, peurs, émotions;
le corps, dont les véritables besoins sont exagérés par le souffle, et qui sont moins prépondérants quand le mental contrôle le souffle. Chaque personne est soumise à une répartition différente des puissances de ces trois fondations de la conscience individuelle.
La voie intégrale enseigne la reconnaissance de ces trois fondations, puis la transformation de chacune d'entre elles en fonction de leur rôle respectif et de leur rôle par rapport aux deux autres.
On fait souvent l'erreur de développer davantage ce qui est déjà prépondérant, car c'est là où c'est le plus facile de se développer. Mais figurez-vous qu'il existe des ponts entre ces trois puissances, et ces ponts ne dépendent pas de nous, mais de l'organisation de la nature. Vous pouvez très bien croire que vous vous développez énormément, par exemple si vous considérez vos progrès dans la conception de la réalité. Cela ne veut pas dire que le souffle et le corps suivent. Voilà pourquoi toutes les vraies avancées spirituelles, qu'elles partent du mental, du souffle, voire du corps, rendent plus consciente la puissance en question avant que les deux autres parties ne profitent de l'amélioration obtenue. Aussi faut-il des témoignages comme les maladies, ou les conflits relationnels, ou encore les crises de conscience, pour permettre un réajustement des puissances en question. Il n'y a pas de hasard dans la maladie, c'est l'appel d'un rétablissement énergétique à effectuer. Les trois fondations sont homogènes. Si vous touchez à l'une, il faudra apprendre à toucher aux autres pour engendrer un mouvement d'ensemble cohérent. Il est dangereux de pousser en avant une des trois puissances sans faire suivre les autres.
Ne vous acharnez pas dans une seule direction.
A) Une haute vision mentale sans une domestication du souffle et un soin au corps produit toujours le même genre de personnes — celles qui croient avoir tout compris, mais qui n'ont pas encore commencé le véritable travail vers le détachement, avec la purification émotionnelle qui ouvre les portes des intuitions supérieures. Ces personnes veulent souvent propager avec zèle leur vision et n'ont aucun respect pour ceux qui sont vraiment engagés, avec humilité, dans la mystique ou la sagesse. Elles ont un arsenal de principes pour diaboliser tout ce qui ne leur est pas identique. Elles ne supportent pas ce qui leur est supérieur et refusent de le voir, par toutes sortes d'artifices qui leur permettent de briller à leurs propres yeux.
B) Beaucoup d'adeptes trop concentrés sur le souffle s'abrutissent de pratiques, s'enivrent des pouvoirs de leur vitalité et des choses qu'elles peuvent accomplir, mais perdent de vue que le discernement (passif) est une fonction du mental sans laquelle les meilleures opérations sur le souffle ne mènent guère loin. Un excès quelque part compense une lacune autre part, c'est cela le monde de l'ignorance. Je dénonçais déjà dans le Hua-Hu-Ching la pratique exclusive, forcée, mécanique, utilitariste, qui cherche à faire cesser l'activité de l'esprit, par exemple par l'assise immobile considérée comme panacée. Cette supercherie est encore à la mode.
C) Trop se préoccuper du corps finit par valoriser l'univers sensible, le yeou, et sans une parfaite inspiration du wou, l'excès d'attention au corps fabrique des personnalités factices, triomphalement convaincues de leur voie.
La révélation du non-manifesté est quelque chose que l'univers procure à l'être vraiment désireux de se donner à lui. Cette illumination possède un caractère imprescriptible qui donne à l'individu un nouveau statut. Que l'être cherche à monter vers le soi, je n'en disconviens pas, mais il faut le faire correctement sinon le soi ne descend pas jusqu'à l'humain. Les pratiques sont des processus. Les mots qu'on pose dessus les figent et les font voir en trompe-l'œil. Il y a des centaines de formes de méditation, certaines purement mentales, d'autres qui s'accompagnent d'une respiration particulière, d'autres qui demandent la participation du corps. Rien n'est à rejeter, toutes les expériences sont bonnes, rien n'est à valoriser outre mesure. Si vous le faites, voyez que vous cherchez un système: qu'est-ce qui vous rassure dans un système ? Les lignes droites, les stratégies globales d'évitements et de recommandations, l'identité tribale, le fait de vous sentir appartenir à un groupe qui vous ressemble ? Les mises en scène que vous pouvez partager ? Cherchez bien. Je ne sache aucun grand maître qui ait suivi un système. Si vous trouvez un maître, lui-même ne vous imposera aucun système. Les choses ont beaucoup changé. L'univers passe aujourd'hui dans une phase de différenciation extrême. Le travail a été préparé pendant l'âge de fer. Aujourd'hui, tout est différent et tout reste identique. Il faut incarner les mêmes principes pour mener une vie vraiment » spirituelle, mais les formes sont laissées à la disposition de chacun.
Quant à ceux qui travaillent beaucoup le physique, je m'y arrête, car cette mode revient à la charge tant les voies intellectualisées ont fini par épuiser le crédit de rêves de l'espèce. Un jour les voilà bloqués, les adeptes du corps, avec des problèmes d'identité, sans compter des pathologies sournoises qui viennent attester que le travail n'a pas été fait dans l'étage médian du souffle ou dans l'étage supérieur du mental. La chose arrive fréquemment aux champions du Hatha-Yoga qui ne sont plus personne sans leurs exercices et leurs références, et leur propre auto-satisfaction. Voilà pourquoi je souligne qu'il est nécessaire de différencier une fois pour toutes le qualitatif du quantitatif. Pour beaucoup de choses essentielles, leur quantité est vite excessive, c'est d'ailleurs pourquoi elles sont essentielles. L'idée humaine de la perfection est une caricature. L'accroissement de conscience provoque des comportements spirituels, tandis que l'inverse est faux. Faire des actes justes sans une conscience juste, cette formule est celle que les avatars combattent. Viser une conscience juste, voilà l'essentiel. Les actes, même maladroits au début, s'aligneront sur une conscience juste, tandis que la conscience peut résister à des attitudes exemplaires. Pourvu que votre conscience s'accroisse, vous êtes dans le bon chemin.
La conscience s'accroît autant par la souffrance que par la joie, par les satisfactions méritées que par les imprévus indésirables, et qui semblent parfois injustifiés. Il y a peu de champs à investir, et si vous ajoutez au mental, au souffle et au corps, l'être subliminal que j'évoquerai bientôt, vous aurez tous les éléments pour mener une ascèse.
Observez l'identification émotionnelle, affective, intellectuelle, et pratiquez la désidentification correspondante. Comprendre l'infini du non-moi et tout ce qu'il y a d'indéterminé dans le moi (la lutte des subpersonnalités et l'essor des potentiels) est un seuil irréversible. C'est plus utile que n'importe quel type de références aux grandes lumières inaccessibles, références qui autorisent l'esprit à convoiter la vérité. Avoir un système de valeurs pour juger avant de comprendre, classer avant de voir et d'observer, ranger au lieu de prendre acte, est une chose superficielle, abondamment préconisée par toutes les religions. Voilà le danger du dogme, le cheminement balisé et fléché qui se tiendra à l'écart des horizons mystérieux des profondeurs du moi et des énigmes du non-manifesté. Une carte du réel falsifiée, bourrée de blancs, d'interdits, d'injonctions, de chicanes convenues et d'issues embellies. Tout système structure le mental, inféode la perception du réel à des antagonismes. Tout système enivre le souffle d'exaltations émotionnelles quand le vécu est conforme à ce qui est attendu et préconçu tandis que les crises sont difficilement acceptées.
Le détachement est la distance naturelle prise vis-à-vis des satisfactions et de leur attente, tandis que le lâcher-prise est la distance naturelle vis-à-vis des difficultés, des épreuves, et de leurs menaces.
Toute religion surestime ce qui fait sa force et sous-estime ce qui fait sa faiblesse. Chaque individu peut creuser plus loin, derrière les étiquettes, le jour où le Tao lui dit, comme dans
Devenez conscient. C'est un processus simple de confrontation de votre moi au monde, sans préjuger d'aucune planche de salut pour finaliser cette rencontre permanente. Cette nouvelle confrontation de votre moi au monde plus large, plus profond, plus récalcitrant que ce que vous imaginiez va engendrer une nouvelle relation de votre moi à vous-mêmes: vos incapacités vont être dorénavant soulignées parce que vous avez pris la mesure des nombreuses contingences qui délimitent votre place réelle dans le Tout. La voie intégrale est un circuit du moi au moi par le non-moi. Les systèmes qui prennent le raccourci de la remise en question du moi par le moi, sans tenir compte de l'imprescriptible non-moi qui arbitre, fabriquent des individus perdus dans leurs propres représentations, et qui sous-estiment gravement le rôle de la perception extérieure. N'éliminez l'extérieur sous aucun prétexte. C'est là une voie qui tente les idéalistes, les spéculatifs, les laissés pour compte. Se distancier ne veut pas dire annuler. C'est là la dérive normale du bouddhisme qui caricature dans le sens naturel la vision de Gautama, vite manichéenne au détriment de la vie, si elle n'est pas profondément comprise. Supprimer le non-moi du circuit entre le moi et lui-même a donné les plus grandes hérésies de l’Histoire en glorifiant le pouvoir mental tout en éliminant la racine du problème: l'incarnation physique. C'est le meilleur moyen de s'enfoncer dans une illusion personnelle qu'on prendra pour de la vérité de première qualité. Nombre d'hindous se sont perdus dans cette voie, qui se croient réalisés alors qu'ils ont simplement annulé l'extérieur. La voie intégrale ne fuit rien par principe.
Le progrès commence par une régression. "Obscurcir l'obscurité, voilà la porte de la subtile origine" disais-je dans le Tao-tê-King, en conclusion du premier chapitre que je n'ai cessé de commenter depuis le début de ce livre, avec le wou et le yeou. Méditez bien cela. Sans l'aveu, parfois douloureux, de sa propre impuissance, aucune naissance spirituelle n'est possible. Voilà pourquoi les canons bouddhistes et hindous fondent l'ignorance comme le statut générique dont chacun doit S'affranchir. Si l'on refuse de couper les cheveux en quatre, l'on admet que le péché revient au même. L'espèce humaine est obscure et les génocides l'attestent. Acceptez votre ignorance, votre impuissance, votre vulnérabilité, votre sottise. Lavez les grands mots que vous manipulez à tort et à travers, et derrière lesquels vous vous cachez pour ne pas prendre acte de votre obscurité présente. Jetez à la poubelle vos consolations, les jouets de l'esprit qui ne veut pas grandir. Laissez tomber les masques, les rôles, les personnages, la ménagerie qui ment à tout-bout-de champ pour vous donner le change avec un je qui a réponse à tout. Quand vous serez nu, vous comprendrez Jésus. Pas avant. Comprenez que votre savoir intellectuel ne fait pas de vous une femme ou un homme meilleur.
Relisez bien l'exergue de ce chapitre. Si vous avez l'impression de vous éloigner de la voie, c'est encore que vous opposez trop d'itinéraires entre eux, que vous cultivez des incompatibilités, que vous cherchez à comparer les portes d'entrée du royaume pour éviter d'en pousser aucune. La voie se trouve dans tous les contextes. Votre mental peut accepter plus de choses. Infiniment plus. Les ruses de l'esprit vous guettent. Changer de décor pour préserver des archaïsmes intérieurs. Changer de pathologie, petite ou grande, mentale ou physique, pour conserver le même cadre révolu. Les modifications de votre vie n'ont pas à s'appuyer sur une substitution de préférences, ni sur une suite d'évitements privilégiés, mais simplement sur la croissance du sentiment même d'appartenir au Tout.
C'est cela qui vous permettra de prendre de véritables décisions. Les fuites déchirent davantage le réel. Je me moque de Bouddha qui voulait, paraît-il, la dissolution complète de son moi et de son âme à sa mort, mais croyez-moi, c'est vraiment un modèle d'honnêteté intellectuelle. Il a rejeté tous les déguisements que le mental (ordinaire ou dévot) plaque sur le réel. Shakyamuni a été le premier grand mystique à voir dans la croyance religieuse le moyen de s'enivrer d'espoirs — telles des illusions d'un ordre supérieur destinées à combattre des illusions d'un ordre inférieur. Et relisez bien
Beaucoup de gens inventent un Dieu à leur mesure qu'ils veulent à tout prix greffer sur l'intelligence suprême pour mélanger les deux et obtenir leur dessert métaphysique qui s'emboîte aux angles morts de leur perception. C'est l'art de boucher les trous avec des perspectives en trompe-l'œil. Attention! Maquiller l'ignorance avec des images phosphorescentes, voilà l'onanisme de l'esprit. Ne cultivez rien, mais cherchez l'équilibre entre les trois puissances. Mon enseignement sur l'Indistinction est clair. Si vous voyez tout à partir du même œil, sans louer ce qui vous agrée et condamner ce qui vous répugne, votre mental se libère des oppositions. Il médite au, lieu de ruminer, ce qui est une avancée aussi considérable que de passer de l'invertébré au vertébré, bien que ce changement, dans la morphologie subtile de l'être demeure invisible.
Acceptez que tout existe, que cela vous plaise ou non. Cela rejoint le bouddhisme et le christianisme. Il faut reconnaître les autres pour les aimer, que je sache. Les attractions et les répulsions nous rattachent à la peur et au désir (causes de
Aussi devez-vous savoir maintenant si comme moi vous cherchez "la subtile essence de l'univers", terme que j'utilise dans le Hua-Hu-Ching, ou si vous cherchez seulement à orienter votre vie, ce qui peut se faire dans n'importe quelle direction avec le même bonheur si vous cristallisez sur cette orientation, quelle qu'elle soit, la certitude qu'elle vous mène là où vous voulez aller. L'auto- suggestion fonctionne, ne l'oubliez pas. L'inquisiteur torturait pour l'amour de Dieu. L'esprit, tant qu'il n'accède pas au Soi, est pétri de la substance même de l'imaginaire. Aussi faut-il en revenir à l'évidence. Quand vous avez affaire à un être humain, voyez l'homme. Son masque de chrétien, de bouddhiste, d'athée, d'agnostique, l'embellit croit-il. Ne polémiquez pas sur la foi, la représentation de Dieu, le sens de l'univers. Comprenez que vous avez peut-être la chance, vous-mêmes, de dépasser toute identification superficielle, toute projection, et acceptez les sarcasmes de ceux qui, loin derrière vous, se croient devant. L'Evolution exige de vous une vision globale , voyez Jésus sur son territoire qui n'est pas toute
N'arpentez pas l'infini, ne pesez pas les paroles de vérité au gré de votre fantaisie ou à l'étalon de vos préférences personnelles. Laissez faire le Tao. Il a tout commencé, ici même, il y a quinze milliards d'années, et ce sursaut de lucidité spirituelle que vous vous attribuez en ce moment vient de Lui. Il cherche à Se réveiller dans votre moi. Voyez les chemins qui se croisent, partant de partout, montant vers les cimes, orientant vers l'Ineffable. Comprenez que Bouddha et Jésus et moi-même voulions libérer l'homme de la religion. Si nos enseignements avaient été pratiqués, les temples et les sacrements seraient devenus inutiles. Quand la semence pousse, la coque éclate et se dissout. La graine stérile conserve plus longtemps son écorce. Chaque moment est l'âme du Tout. Creusez sans vous prévaloir de vos motivations. Ne vous arrêtez pas aux étapes où les fruits vous rattrapent, tels des récompenses, et où la vérité semble vous appartenir. Vous feriez l'erreur de Confucius. Il m'a volé ma doctrine pour la tordre vers le bas. Le chapitre 38 de la méthode de l'action conforme au Principe stipule bien que le comportement essentiel ignore la vertu. La vertu, la morale apparaissent une fois perdu le sentiment naturel de la bienveillance qui respecte les choses, les êtres, la nature. La liturgie est l'érotisme de l'esprit, le rite la luxure de l'intelligence. Cherchez la voie par une simplicité extrême et avec une attention spontanée.
Vous n'êtes pas un noir, un blanc ou un jaune, vous n'êtes pas un juif ou un chrétien. Vous êtes un moi conjugué et vous pouvez apprendre la véritable syntaxe. Apprenez la grammaire en vous-mêmes. Tout simplement. Le mental conjugue. Le souffle conjugue, le corps conjugue. Ce ne sont pas forcément les mêmes verbes. Observez les verbes que vous vous complaisez à conjuguer à la première personne, identifiez ceux qui manquent toujours pour vous permettre de vous exprimer. Remontez à la conscience qui n'est pas vous à travers vous.
Quant à moi, je poursuis ma mission. Je dénonçais déjà les religions comme n'étant pas les solutions ultimes, il y a plus de deux mille ans. Je récidive. Je suis incorrigible. Mais aujourd'hui, j'ai des preuves.
*14*
La troisième naissance.
(Où je récapitule et conclus en affirmant
que la religion ne s'adresse qu'aux groupes
et que la spiritualité
ne s'adresse qu'à l'individu.
Évocation de la troisième naissance.)
Abandonne l'itinéraire
conforme au Principe
tu te retranches
sur l'humanité
Abandonne l'humanité
tu te retranches sur la justice
abandonne la justice
il ne reste
que la coutume de la bienséance
Authentique et loyale en apparence
elle ensemence les confusions
-là s'origine la sottise‑
dans le calcul et l'étiquette
simples détails
comme fleurs sur le chemin
L'homme vraiment adulte mise
sur le fruit non sur la fleur
il traverse la forme pour saisir le fond
Tao-tê-King chapitre 38
Si votre mémoire vous préoccupe trop, il y a de fortes chances pour que l' avenir préconçu vous force aussi à vivre un présent alambiqué. On ne peut pas calculer ce qui se passe dans le présent, tandis qu'on s'invente des avenirs sur mesure et qu'on triche avec le passé. Vivre auprès d'un maître a toujours servi à en revenir à ce qui se passe dans le moment même, et qui peut être facilement voilé par le mental capable de s'abstraire de la situation. Si vous voulez pouvoir vous passer de maître, vous devez être capable de faire son propre travail, le travail qu'il ferait auprès de vous. Le mental passe son temps à prétendre que les choses pourraient être autrement. Cela lui tient lieu de critique des sensations et des pulsions, des réactions et des désirs. Le mental joue à être autonome et à surplomber tout le reste. Ou bien il s'amuse à tyranniser le corps et le souffle.
Nous cherchons le meilleur emboîtement dans la voie intégrale, et non pas à légitimer l'autorité absolue du mental, ou bien du souffle — ou du corps. Pour le moment ces distinctions ne vous parlent pas outre mesure, mais si vous les assimilez vous verrez que j'ai bien raison. Vous rencontrerez un tas de personnes qui plafonnent pour avoir développé outre mesure le mental, développé outre mesure le souffle, ou laissé au corps trop d'importance. Vous-mêmes, vous comprendrez que vous avez tendance à compenser vos faiblesses en utilisant toujours les mêmes modes d'équilibre. Des personnes déjà très intellectuelles finissent toujours par couper les cheveux en quatre pour tâcher, sans succès naturellement, de résoudre leurs problèmes. Elles font béatement toujours de la même chose. Elles feraient mieux de prendre une vraie décision et cesser de ruminer, mais l'ornière s'est installée. D'autres qui sont passées maîtres dans l'art de s'activer, de faire trente-six choses à la fois, de courir à droite à gauche, continuent de vouloir résoudre leurs nouveaux problèmes en changeant seulement l'objet de leur fuite avec une nouvelle initiative, qui noie le poisson. Elles font toujours de la même chose béatement. C'est clair qu'elles devraient commencer par s'asseoir, et ralentir le souffle, et se dire humblement: bon, je ne sais pas méditer, je ne sais pas discerner, je ne sais pas me calmer. Mais elles préfèrent remuer ciel et Terre et finissent par perdre de vue ce qui est profond — dans la mise en scène perpétuelle. D'autres enfin ne misent que sur ce qui arrive à leur corps et passent maîtres en contorsions, championnes en ceci ou cela, et si elles rencontrent un nouveau problème, au lieu de laisser tomber leur acharnement sur le physique, elles vont au contraire s'enfermer dans une pratique encore plus ardue, redoubler de postures, de méditations ou de prières. Tout ce gaspillage montre qu'on ne touche pas n'importe comment à l'ordre naturel des choses, le tô. L'initiative personnelle, en matière de développement spirituel, est une politique qui réclame un doigté relativement rare, voilà pourquoi il est utile de fonder quelques points de repère afin que la liberté n'égare point.
L'emboîtement parfait est bien plus difficile à trouver qu'une hiérarchisation en bonne et dûe forme qui confond équilibre et ligatures de plusieurs mouvements forcés. Politique commune à l'emporte-pièces. C'est la raison pour laquelle le corps a été diabolisé dans le christianisme, et dans tous les enseignements spirituels qui cherchent l'élévation et non pas l'intégration. De fil en aiguille, du bouddhisme à l'hindouisme et au jaïnisme, jusqu'au christianisme, l'incarnation est elle-même contaminée par le rejet du corps ou son mépris, ou par l'assassinat du souffle. La modération, moins dangereuse, mène, aussi à l'extinction naturelle de l'avidité, à une faiblesse délicate du désir ou à la chasteté sublimée. Vivre dans la matière semble une punition, un examen de passage, une préparation pour un statut meilleur, dans bien des écoles que je réfute. Je le répète, c'est ce genre de considérations qui permet la fuite du présent, et son interprétation préconçue, et pour terminer sa falsification pure et simple.
Je n'attaquerais pas cette politique si elle avait donné des fruits dignes de ce nom, et je sais toute l'opprobre que je suis en train d'attirer sur moi pour avoir un jugement nuancé — là où les voleurs de vérité décrètent à tour de bras ce qui est bon et mauvais pour chacun, en rendant obligatoire pour les autres l'itinéraire qui leur a si mal réussi. Fuyez ces fausses panacées, la suppression du mental, la suppression du souffle, la suppression du soin au corps, qui sont encore des modèles dans certaines voies. Fuyez tout autant l'idolâtrie de l'intelligence, l'idolâtrie du souffle, l'idolâtrie du corps. Fuyez toute croyance. Si vous voulez n'imiter personne, il est probable que vous expérimentiez ces options, temporairement, et sans vous y arrêter si elles ne vous comblent pas. Ne faites rien de ce que je propose si vous ne sentez pas que cela vous concerne. Je suis contre la politique de la contrainte extérieure. Si vous vous contraignez vous-mêmes, cela est différent, mais pas sous prétexte d'obéir à un système qui vous manipule en exploitant vos demandes. S'acharner à rejeter le corps ne résout pas le problème de l'identité. C'est une stratégie stupide qui se trompe d'objet. Ce n'est pas le corps qui doit être rejeté, puisque il constitue le socle de notre vie et exige la santé, mais le souffle dans toutes ses manifestations d'avidité. Beaucoup d'êtres très dangereux ont tellement refoulé le plaisir au nom de ceci ou cela qu'ils le trouvent, dévié et perverti, dans le pouvoir sur les foules, l'autorité sur les autres, la manipulation. Ou encore dans l'or.
Comme le corps possède une morphologie matérielle, il est facile de le localiser et de le mépriser. Le souffle possède une morphologie subtile, et pour en connaître la forme, il est nécessaire que le moi plonge en lui-même. Tandis que nous pouvons toucher toutes les parties de notre corps et nous identifier facilement à notre image, il est en revanche difficile de `faire le tour' du dynamisme de son propre souffle avant la trentaine d'année tant cette puissance vitale est puissamment connectée à l'ensemble des sensations, c'est-à-dire à l'effet général que le monde extérieur exerce sur nous. Seule la plongée en soi-même montre d'une part que le souffle dépend plus qu'on ne le souhaite des évènements extérieurs, et d'autre part que le mental peut se libérer, plus qu'on ne l'imagine, des conditionnements de pensée du milieu.
Le moi qui se transforme agit donc sur deux plans en sens inverse — mais dans la même direction.
A) Augmenter l'autonomie intellectuelle et spirituelle par le développement de l'intelligence, de l'examen de soi, de la remise en question, de la distanciation. (Augmenter l'attraction du wou).
B)Diminuer le souffle. L'amoindrissement de tous les élans vers les objets gratifiants provoque une autonomie supérieure : les dépendances s'éliminent. (Diminuer l'attraction du yeou).
La liberté provient d'un assujettissement faible à toutes les pulsions, telles des survivances, y compris la pulsion subtile de se séduire soi-même par un comportement d'ordre spirituel, ou une image lumineuse de soi. S'attacher à son idéal n'est pas une stratégie guerrière. Cela renforce la culpabilité en cas de chute, quand les bonnes résolutions n'ont pas suffi à venir à bout d'un comportement dont on voulait s'affranchir. En fait, on risque d'autant plus d'abandonner la voie qu'on accorde trop d'importance à ses succès et à ses échecs. Car il y a toujours des contrastes proportionnels, d'où la nécessité du détachement pour absorber 'les creux et les bosses'.
Vivez une démarche exploratoire, au sein même de la routine, et vous verrez qu'à chaque moment, des perceptions nouvelles peuvent avoir lieu. Même dans le contexte le plus émoussé. Dans ce mouvement exploratoire, la fascination de l'avenir vient souvent s'emparer des pas qui sont faits. L'observation de soi est généralement sacrifiée trop tôt au modelage d'un nouveau moi — aussi têtu que l'ancien, mais dont les mobiles auront été modifiés. En fait, l'exploration ne cesse jamais, et ne tirez donc pas de plans sur la comète de vos premières grandes prises de conscience. C'est cela qui fait cesser l'évolution à la seconde naissance: un appel qui est trop vite intégré. C'est là que la religion montre ses limites. Elle retient l'individu qui veut aller plus loin et lui interdit une consécration en dehors de son propre cadre. Sauf en Inde, le vrai mystique, le vrai chercheur est rejeté, surtout par les membres du clergé qui le trouvent subversif et réfractaire à la propagande.
L'indépendance du mental produit de nouvelles satisfactions, comme la méditation et la contemplation naturelles, exercices du moi qui estompent sans effort les exigences du souffle pour l'acquisition matérielle, le culte du plaisir physique, le prestige, et le confort d'une vie réglementée. Une compréhension naturelle de l'autre jaillit des profondeurs, qui s'accompagne d'une vision des principes de la nature: la complémentarité de l'homogène et de l'hétérogène, et le retour vers l'équilibre de toutes les activités. Quand cette démarche se développe, les deux compulsions inconscientes génériques, la demande d'approbation (Yang) et le complexe d'abandon (Yin) diminuent fortement. L'individu peut se fonder dans sa propre reconnaissance de la réalité tout en guérissant les blessures multiples — parentales, familiales, tribales, qu'il aura subies pour avoir refusé de rester dans le rang des valeurs temporelles et contingentes. Tous les conflits relationnels s'émoussent dans la quête du Tao, et finissent par être vécus comme des conditions nécessaires d'épanouissement, des obstacles obligés, des tests. Sans haine, sans violence, sans ressentiment, tous les préjudices émotionnels prennent leur place dans l'émancipation spirituelle. Je répète qu'on somatise moins, qu'on se fabrique moins de pathologies, à reconnaître ses émotions, ses dépendances, ses incapacités, qu'à les verrouiller. Le Tout étant homogène, beaucoup de maladies proviennent d'un sentiment (inconscient) de séparation, d'avec l'autre, d'avec le monde, d'avec soi-même ou un élément essentiel de soi-même, comme le corps, le souffle, ou encore le 'subliminal', mystérieuse puissance solaire involuée et donc virtuelle, dont j'ai évoqué l'importance et le pouvoir à double-tranchant.
Mener une vie spirituelle n’a jamais été difficile en soi, mais aucune civilisation ne l'a favorisée. Pour éviter ces passages obligés d'incompréhension, de lutte, de haine, qui caractérisent l'éveil, et dans cette optique seulement (c'est-à-dire pour se tenir à l'écart des structures sociales), les ordres, les monastères, les collectivités en dehors du monde sont justifiées. Toutes les grandes révélations possèdent leurs institutions. Mais en ce qui concerne le travail évolutif proprement dit, il peut avoir lieu n'importe où, dans n'importe quel contexte, puisque il s'agit de l'action du moi sur le moi, mouvement inaliénable et imprescriptible. Si le renoncement au monde semble facilité dans les congrégations religieuses, il ne l'est qu'en apparence. Les structures de groupe appellent les individus à manifester leur souffle, et la haine, la jalousie, l'intrigue pour le pouvoir administratif ou pour le pouvoir spirituel sur les novices ont toujours lieu. Un code de dominance — aussi subtil soit-il, accompagne toujours la vie de groupe. Les règlements, les disciplines, les dogmes, nivellent les personnalités. Les critères d'élévation hiérarchique ne suivent pas nécessairement le progrès intérieur. En dehors des lignées traditionnelles où c'est la transmission directe de l'initiation véritable qui consacre l'autorité du nouveau maître — souvent successeur de l'ancien, les congrégations religieuses ont rarement à leur tête des hommes réalisés. Sur deux ou trois millénaires, cela explique la prévalence de la lettre sur celle de l'esprit, la caricature du dogme religieux qui évite toutes les vraies questions, les plus' épineuses, auxquelles il ne sait répondre. Toutes les religions finissent en superstitions car elles dissocient les moyens des fins. Forcer l'homme à adopter des séries de comportements plus justes, plus droits, plus solidaires, sans qu'il ne se rende compte par lui-même du bien-fondé de ce changement ne peut conduire qu'à l'échec. Cet échec est masqué par une certaine homogénéité morale des valeurs sociales et une identité collective narcissique. Toutes les religions ont échoué jusqu'à aujourd'hui. Elles obligent à des pratiques qui ne sont que des simulacres, des cérémonies, des rites, bref, des mises en scène. De nouvelles apparences, rien de plus, si le moi ne se tient pas en éveil, en danger à la lisière de l'Infini — à la porte du mystère.
Le modèle taoïste (ta Chang fu), l'homme véritable de la tradition primordiale, rejette la forme pour le fond, voit le fruit plutôt que la fleur, comme je le disais en conclusion du chapitre 38. Le Yeou mène au Wou qui mène au chéri, qui conduit simultanément à la mère des mille êtres, l'énergie, et au Tao, la conscience ineffable. L'itinéraire spirituel se fait à rebours de la genèse de la vie, il en remonte les étapes, mais il ne saurait le faire contre elle. Le retour à l'origine régresse vers les principes essentiels, ce qui transforme les éléments en bout de chaîne, les attributs du Yeou, la peur et le désir, le sentiment générique 'du moi, la personnalité conditionnée qui fuit dans l'anticipation gratifiante pour oublier la confusion du présent.
Dépasser les apparences, tel est le fond de toutes les religions dans leur principe. Ni le mental, ni le souffle, ne se laissent transformer par de bonnes paroles et de belles résolutions, pas même par d'excellentes pratiques si le moi n'aspire ni à la connaissance, ni à la sagesse, ni au Tao, ni au retour. Aussi, avais-je inventé une doctrine spirituelle qui n'attaquait rien de front, car cette pratique est trop dangereuse. Le besoin d'évoluer peut cesser après une expérience trop négative due à une ascèse rigide. Supprimer de force la pensée pour la remplacer par le soi — caricature du zen, ne peut réussir que chez des âmes qui récidivent dans cette tentative et qui possèdent un karma adéquat. Supprimer le souffle par la chasteté de principe, sans risques majeurs, ne peut réussir que chez les êtres dont les besoins sexuels sont faibles et qui sacrifient les satisfactions vitales sans (trop de) souffrance. Ce peut être une mauvaise stratégie pour des âmes qui ont renoncé au sexe dans des vies antérieures sans pour autant se réaliser, car l'interdit peut revenir en force et le refoulement du désir devient alors plus malsain que son expression. Pratiquer une discipline de fer sur le corps, par la restriction du sommeil, une abondance d'exercices, une alimentation fade, peut tout au plus venir à bout de la tyrannie du souffle, mais sans procurer d'autres avantages spirituels.
Ne perdez jamais de vue que chaque progrès effectué au sein d'une des trois fondations n'a pas de sens s'il ne s'harmonise pas avec les deux autres. Mon enseignement convient aussi bien aux spiritualistes déracinés, pour qu'ils s'incarnent davantage, qu'aux matérialistes concrets qui doivent découvrir le subtil pour pouvoir continuer leurs réalisations objectives. Mais comme chacun a tendance à faire toujours de la même chose, le syndrome de la compensation frappe les chercheurs spirituels. Ceux qui s'enracinent avec prédilection sont menacés par la routine, la rigidité, le parti-pris de savoir, l'activité, et la complaisance vis-à-vis de leurs rôles. Ceux qui s'élèvent avec pré dilection sont menacés par la fuite des contingences matérielles, la rêverie métaphysique, l'excès de vie intérieure, la complaisance émotionnelle. Les grandes tendances psychologiques ont le pouvoir de se manifester en s'accaparant le calendrier du moi, et seul une vigilance nouvelle permet de repérer les champs peu sollicités où la conscience doit se développer. Pour chacun, l'équilibre n'est possible qu'en découvrant les exigences des plans moins prépondérants. Ce livre vous permet donc d'admettre que le souffle, le mental, ou le corps que votre moi intègre empiriquement doit être pris en considération. Cherchez quel est votre point faible parmi les trois. Vous découvrirez certainement comment vous avez masqué cette faiblesse en faisant appel outre mesure à une des deux autres fondations. Commencez à vous pencher sur le laissé-pour-compte. Je ne dis pas que c'est facile. Mais c'est nécessaire.
Aussi, si vous voulez pratiquer la voie intégrale, ne l'embellissez pas. Il faut en revenir à l'analyse de tous les mouvements intérieurs, ce qui est une réalité qui prévaut sur les comportements. Prenez les mesures de vos préoccupations. Le comportement est en bout de chaîne, la simple matérialisation d'une valeur, d'un principe. Beaucoup de comportements sont effectués mécaniquement, sans que l'on détermine vraiment leur origine, surtout s'ils se répètent. Un comportement impeccable qui n'est pas au service d'une aspiration profonde n'a aucune valeur. Le moi finira soit par s'endormir dans la perfection extérieure, le rite, la cérémonie et la prière (comme le font depuis des générations les hindous, les juifs et les chrétiens), soit par se révolter contre toutes les lois pour devenir un moi pervers méprisant toute autorité (ce qui arrive encore aux laissés pour compte du mysticisme qui deviennent alors de faux maîtres). Le cheminement naturel consiste donc à reconnaître que le mental, le souffle et le corps doivent participer vers la même création. La chose est difficile et semble dangereuse, justement parce que les interdits tombent, les principes deviennent flous, le règlement disparaît. Mais cette politique n'est pas plus idiote que la 'chirurgie', qui veut supprimer radicalement les obstacles, mettre de côté le cerveau ou les sens, jeter le désir à
la poubelle par décret, et tordre le cou à la pensée avec je ne sais quelle mystérieuse pensée de la non-pensée. Cette simplification qui se pare d'idéaux parfois nobles est une forme subtile de violence, une expression du Yang séparé du Yin.
Gagnez en souplesse, c'est-à-dire en endurance vis-à-vis des contrastes (émotionnels) d'une part, et en disponibilité d'autre part. Par la souplesse une aspiration croissante voit le jour. Le moi se reconnaît dans un univers plus large, dans des objets différents de lui, dans des valeurs étrangères. L'hétérogène devient homogène, le moi absorbe de plus en plus de réalités, l'Immense se dévoile, l'individu participe.
Mû par un courant plus pur d'intelligence et d'énergie, l'individu qui s'aventure dans la ramification au Tout nettoie la mémoire de son espèce. Il se libère de la demande d'approbation et peut vivre sa révolte dans une soumission plus grande au Tao. Il se libère du complexe d'abandon, car même s'il demeure incompris dans son milieu,
Ce statut peut devenir dans l'avenir celui de toute l'humanité. S'il le devient, ce sera clair que les différents avatars préparaient chacun d'une manière singulière ce même avènement, celui d'un homme cosmique, que la cosmicité n'enivre pas, que l'élévation ne coupe pas de ses racines, que le progrès intérieur ne sépare pas de ceux qui sont moins avancés. Je vous ai montré tout au long du livre que le choix à faire entre la vie mondaine et la vie intérieure ne se pose pas. Le Wou pénètre le Yeou. Le renoncement au monde est une sanction psychologique, un statut intime, qui crée de nouvelles valeurs dans le monde lui-même. Inutile alors de le fuir. C'est le renoncement bouddhiste, préalable à une victoire éventuelle sur la peur et le désir (comment s'en affranchir si on les cultive en respectant les valeurs de la société ?). C'est le renoncement taoïste aux honneurs, aux cours, aux charges, aux compromis mondains où la dominance, quel que soit son code particulier, a toujours force de loi. C'est le renoncement chrétien 'aux biens de ce monde', que l'Église a édulcoré pour mieux se lier aux puissants et conquérir par la concussion et la force (principe cependant directeur dans la vision de Jésus accusant les riches de conquérir la vie au lieu de conquérir la charité par l'amour du prochain).
L'identité transformatrice ne peut pas être générée dans la confusion originelle entre le moi et le non-moi que maintient le souffle par la culture du gratifiant. Le progrès s'effectue par l'abandon d'innombrables procédures de pensée et d'habitudes, et non pas par l'acquisition de nouvelles règles préconçues d'action. Le progrès s'effectue par une démystification du désir et une reconnaissance du Désir essentiel, la coïncidence subtile avec le Tao. Mais ce mouvement est si intime qu'il est impossible de le représenter correctement. Aussi, les avatars donnent des lignes conductrices, qui sont comme le mode d'emploi des outils de leur boite à outils, leur doctrine spirituelle. La doctrine étoffe les quelques principes irréductibles que le fondateur retient pour bâtir son enseignement. La peur et le désir cause de la souffrance pour Bouddha. La non-reconnaissance de l'autre et du Père, cause du chaos des valeurs humaines pour Jésus et de la réglementation factice de la religion. Le besoin de se différencier selon ses propres règles, cause de la perte du Tao dans mon propre message. Dans les trois systèmes, c'est le même moi non-évolutif qui est dénoncé, le moi qui fonctionne pour lui-même, sans s'interroger sur la pérennité de la vie, de l'autre, et bien sûr sur celle du Tao.
La méditation peut commencer à se pratiquer dans des moments particuliers. Une fois que l'habitude est prise de revenir naturellement sur les contenus psychologiques pour identifier leur origine, la méditation s'impose d'elle-même sans calcul, et occupe le champ psychologique en permanence ou presque. On peut toujours en varier les formes et consacrer certains moments particuliers à faire le vide, ou à examiner une question avec détachement. Techniquement, la méditation doit permettre au wou de pénétrer le yeou. Le Vide s'infiltre dans la mécanique mentale, et le sentiment de non-séparativité s'accroît. Le chers se manifeste plus souvent. Il estompe les frictions entre le Yin et le Yang, adoucit les changements d'humeur, permet une approche distanciée de tous les évènements. Il se joue des opposés émotionnels et mentaux.
La contemplation estompe la déchirure entre le moi et le non-moi. Pour ce faire, l'adepte subit des visions d'osmose, des perceptions holistiques nouvelles qui changent la fondation de son identité. Dans la contemplation, le mental, le souffle et le corps se ramifient d'une manière nouvelle, à travers le centre émotionnel purifié qui se dilate.
La prière est rarement pratiquée correctement. Elle consiste à prendre conscience de son être subliminal afin de tourner le meilleur du moi, ses aspirations solaires, ses souhaits les plus profonds, vers l'actualisation. L'invocation de "Dieu" est un prétexte pour rendre cette pratique plus facile. .
Au fur et à mesure de votre pratique, vous sourirez de voir les analogies entre les religions. Et vous verrez finalement que les 'outils' ont la même fonction, même si leur présentation diffère. Enfin, vous sourirez aussi, comme moi-même, des différents "emballages" de la quête infinie... qui change d'un continent à l'autre. Jésus, Bouddha, Lao-Tseu sont dans votre coeur.
Mieux cachés là, et à l'abri de toute corruption, que nulle part ailleurs. Imprescriptibles. Il vous suffit d'aller les retrouver. Ils ont gagné le centre avant vous et vous y attendent. C'est le même centre pour tous. Tout au fond de soi, dans la mémoire d'avant le temps. Arrivés là, comment voulez-vous qu'ils se dispensent d'en parler... quoiqu'on en dise, quoiqu'on en pense. Et tant pis s'ils finissent dieu à la place de Dieu. Ils laissent la trace de l'Impossible jonction entre le ciel et
Mourir sans disparaître c'est être immortel
Tao-tê-King ch 33
TABLE DES MATIÈRES
Introduction.
1. Mémoire d'un instructeur.
2. Mise au point historique.
3. Esquisse de l'universel.
4. Description de la voie spirituelle
5. Mise en garde contre les caricatures du spirituel.
6. Comment s'impliquer dans la voie intégrale.
7. La traversée des apparences.
8. Les principes de la voie intégrale.
9. Le changement de perspective.
11. Le système du monde.
12. Les précautions dans la voie intégrale.
13. Les techniques.
14. La troisième naissance.
Bibliographie.